Répertoire des pratiques exemplaires en matière de financement
et d'obtention des ressources des organismes du secteur bénévole
et communautaire au Canada
Article de la Fondation McConnell
Le financement au Canada atlantique et
la diffusion-application
Contexte de financement et d'obtention
des ressources au Canada atlantique
(Soulignons que les commentaires formulés
ci-dessous reflètent uniquement notre expérience
dans la région mais que celle-ci ne correspond peut-être
pas à la réalité pour tout le secteur bénévole
du Canada atlantique.)
- Le contexte de financement semble présenter
de nombreux défis dans la région. Sur le plan positif,
un plus grand nombre d'entreprises offrent aujourd'hui du soutien
qu'il y a 10 ou 20 ans, plus particulièrement à Terre-Neuve
et en Nouvelle-Écosse. Ces entreprises sont toutefois encore moins
nombreuses qu'en Ontario et en Alberta. On ne compte, de plus, qu'environ
dix fondations communautaires dans la région de l'Atlantique,
et elles sont très petites. La situation évolue toutefois
puisque la T.R. Meighen Foundation a offert une subvention défi
dans le but de renforcer les quatre fondations communautaires qui
existent au Nouveau-Brunswick et de favoriser la création d'une
cinquième. Enfin, on compte peu de fondations privées
dans la région. La plupart des petits et moyens organismes
bénévoles que nous avons appuyés dépendent
encore principalement du financement de divers projets par les gouvernements
provincial et fédéral (ils font preuve d'ingéniosité
pour combiner différentes sources de financement).
- La Fondation McConnell a financé plus
de 130 initiatives dans la région de l'Atlantique depuis 1963,
que ce soit par l'entremise d'organismes communautaires, d'universités
ou d'autres établissements. Après avoir étudié
les petits et les moyens organismes bénévoles avec lesquels
nous avons travaillé, nous concluons qu'ils ont comme grande
force la participation des bénévoles, mais qu'ils sont
plus fragiles sur le plan de la viabilité. Un grand nombre
d'entre eux dépendaient du financement de projets pilotes par
le gouvernement fédéral, de certaines ressources offertes
par le gouvernement provincial, et d'un mélange de parrainages
et de subventions modestes offerts par des entreprises, de l'aide
de Centraide et de l'argent recueilli dans le cadre d'événements
spéciaux. Comme partout au Canada, les organismes ont beaucoup
de difficultés à obtenir du financement de base et du
financement pluriannuel. Un petit nombre des groupes que nous avons
financés disposent de campagnes de publicité directe
et de campagnes de dons importantes, et peu d'entre eux disposent
d'employés professionnels pour faire la collecte de fonds.
Même si la région compte une importante activité
entrepreneuriale, c'est un des seuls organismes du Canada atlantique
que nous connaissons à être passé à des
activités qui produisent des recettes ou qui sont rémunérées
en fonction des services. Notre fondation, comme bien d'autres, encourage
la collaboration, et même les propositions de financement conjoint,
mais peu d'organismes ont suivi. Les employés et les membres
bénévoles du conseil n'ont pas une grande expérience
de la collecte de fonds, ni de formation à ce sujet, et un
grand nombre d'entre eux apprennent au fur et à mesure. Certains
sont devenus très efficaces! Même si le contexte de financement
présente d'importants défis, nous avons l'impression
que le roulement du personnel est faible, principalement chez les
directeurs généraux, ce qui est avantageux pour les
organismes.
Stratégies contemporaines de
financement
Diffusion-application
Le contexte de financement et d'obtention des
ressources du secteur bénévole au Canada n'est pas très
différent de celui qui existe dans la région de l'Atlantique,
sauf que dans certaines parties du pays un plus grand nombre d'entreprises
offrent du soutien, et le nombre d'organismes qui renforcent leurs capacités
de produire de recettes est peut-être plus grand. Certaines provinces
disposent aussi de fondations privées et communautaires bien
établies et puissantes.
En 1998, la Fondation McConnell a publié
le document Faut-il semer ce que vous savez? Introduction à la
diffusion-application à l'intention de ceux qui envisagent la
réalisation d'un tel projet ou sa recommandation à la
Fondation. Quand on parle de diffusion-application, on renvoie à
un processus délibéré qui concerne non seulement
la diffusion efficace de l'information sur les initiatives fructueuses,
mais aussi les étapes à suivre pour appliquer les connaissances
acquises dans un contexte différent. Le document a été
publié parce que nous recevions des dizaines de demandes d'organismes
communautaires provenant de partout au pays qui souhaitaient recevoir
de l'aide pour faire connaître leurs bonnes idées, leurs programmes,
et leurs meilleures méthodes. Nous avons remarqué un grand
nombre de répétitions puisque les organismes élaboraient
des initiatives qui avaient déjà été mises
à l'essai par un autre organisme sans profiter de l'expérience
de ce dernier. En tant que bailleur de fonds à l'échelle
nationale, la Fondation croit que son rôle est d'aider à diffuser
des idées qui ont été mises à l'essai, et
non de financer des initiatives qui n'ont qu'une portée locale.
Soulignons toutefois que la diffusion-application n'est pas une stratégie
de financement ou une orientation de programme distincte pour la Fondation,
mais qu'il s'agit plutôt d'un outil qui permet d'améliorer l'élaboration
de programmes et le partage d'expériences. D'autres stratégies
incluent des tables rondes, des consultations, des visites sur place
chez les bénéficiaires, etc.
La Fondation finance depuis plus de cinq ans
des initiatives de diffusion-application; voici certaines des premières
leçons qu'elle a apprises, ainsi que les remarques sur le vif
des bénéficiaires de la diffusion-application :
- Le document de la Fondation est utile, mais
il n'est pas suffisant pour les organismes qui envisagent la diffusion-application.
Un grand nombre de personnes, principalement des membres des conseils,
trouvent que les histoires et les expériences vécues
d'autres organismes qui diffusent et appliquent leurs programmes sont
très utiles.
- De petits organismes qui exécutent
des programmes à l'échelle locale ou provinciale ne
devraient pas viser l'échelle nationale dès le départ.
Une aide financière importante et une croissance rapide peuvent
modifier les priorités de l'organisme et entraîner des tensions
graves, parfois paralysantes, entre les activités courantes
et l'expansion.
- Les conseils d'administration doivent bien
comprendre et soutenir activement le programme de diffusion-application
puisque ce dernier offre des possibilités, mais présente
aussi des difficultés. Une discussion approfondie doit avoir
lieu au sein du conseil, qui doit étudier attentivement les
capacités de l'organisme. Il faut envisager la possibilité
de décider de ne pas exécuter le programme de diffusion-application,
ou de le remettre à plus tard, si un examen approfondi le requiert.
- Le partenariat constitue une stratégie
efficace, particulièrement entre un petit organisme local ou
provincial et un grand organisme national. De tels partenariats peuvent
favoriser la viabilité du programme et réduire grandement
les coûts de l'expansion. Les deux partenaires doivent établir
clairement leurs objectifs et leurs attentes mutuels, et les passer
en revue fréquemment.
- Pour la Fondation McConnell, le fait de collaborer
pour effectuer de la diffusion-application de façon efficace
inclut le fait de travailler conjointement avec d'autres bailleurs
de fonds, plus particulièrement avec des fondations communautaires.
- Un organisme peut avoir besoin d'un an pour
établir sa stratégie d'expansion avant de commencer
à diffuser de l'information. Le financement de cette phase
d'exploration et de conception est très important. L'organisme
sera ainsi prêt à établir des relations efficaces
avec des personnes qui s'occuperont de la mise en œuvre à l'échelle
locale.
- Un grand nombre d'organismes ont appris que
les projets de diffusion-application doivent être exécutés
graduellement selon une planification, que leur croissance doit être
mise à l'essai dans une région ou une province; et,
enfin, selon les résultats des premières phases, être
élargis à l'échelle régionale ou nationale.
Soulignons aussi que les conditions changent à mesure qu'un
processus de diffusion-application se déroule, et que l'organisme
qui exécute le projet doit demeurer souple et faire face à
ces changements; tout cela n'est pas facile!
- Il faut absolument effectuer une évaluation
externe dès le début (ou au plus tard un an après
la date de lancement du programme). Les évaluations peuvent
fournir des renseignements utiles qui permettent de rajuster les programmes
à mesure qu'on les exécute. Elles constituent aussi
un mécanisme de reddition de comptes pour les conseils et les
bailleurs de fonds. Les évaluations les plus utiles sont celles
qui portent sur le processus et sur les résultats de l'expansion.
- Les bailleurs de fonds qui soutiennent l'exécution
du programme doivent offrir plus que du financement; ils doivent aussi
offrir d'autres types d'appui, comme des outils et de la formation
pour aider plus particulièrement les membres bénévoles
des conseils à jouer un rôle efficace et à se sentir
à l'aise avec le processus de diffusion-application; pour renforcer
les capacités en matière d'évaluation et de viabilité
du programme; pour permettre la création de liens entre les
organismes (nouveaux et expérimentés); etc. Cet appui
doit être offert tout au long du projet.
Enfin, la Fondation McConnell a appris que
le soutien adéquat des initiatives de diffusion-application exige
beaucoup d'efforts de nos employés, c'est pourquoi nous ne finançons
que quelques initiatives de ce type chaque année.
Pour de plus amples renseignements, visitez
notre site Web à l'adresse www.mcconnellfoundation.ca.
Katharine Pearson
Gestionnaire de programme