Le financement, ça compte :
l’impact du nouveau régime de financement au Canada sur les organismes
bénévoles et communautaires à but non lucratif
Préface, Remerciements et Rapport sommaire
Il y a un très grand intérêt pour le secteur bénévole et communautaire
et à but non lucratif au Canada. En même temps, il est étonnant de voir
à quel point on en sait peu à son sujet et sur son rôle dans la société
canadienne. Cela est particulièrement surprenant étant donné les attentes
placées sur le secteur : par les gouvernements qui essayent de se délester
des programmes et services publics, et par les citoyens qui comptent
sur une qualité élevée de services et des occasions diverses de participer
à la vie communautaire. Pourtant les demandes au secteur n'ont pas reçu
une proportion équivalente de ressources humaines ou financières. De
nombreux organismes bénévoles et communautaires et à but non lucratif
luttent à présent pour survivre d'un jour à l'autre.
L'érosion de la capacité financière des organismes bénévoles et communautaires
et à but non lucratif a suscité une attention particulière et la réflexion
de la part du secteur et de ses bailleurs de fonds. Les organismes du
secteur reçoivent du financement de diverses sources privées et publiques
(par ex. donateurs, fondations, gouvernements, entreprises, particuliers,
revenu gagné) et par l'intermédiaire de divers mécanismes (par ex. aide
fiscale, subventions, contrats et contributions). La divergence des
politiques, des réglementations et des pratiques de financement s'applique
séparément ou de façon combinée à faciliter - ou entraver - la tâche
des organismes bénévoles et communautaires et à but non lucratif dans
la poursuite de leur mission. Les tendances récentes de financement,
cependant, semblent menacer la viabilité même du secteur. L'élimination
du financement de base qui se fait voir partout au Canada, pour ne donner
qu'un exemple, a augmenté la compétition pour des ressources de plus
en plus rares entre les organismes bénévoles et communautaires et à
but non lucratif. Une grande partie du temps organisationnel est désormais
voué à pourchasser des sources de financement à court terme, souvent
aux dépens de la mission et des activités centrales de l'organisme.
L'objectif principal de cette étude consiste à documenter l'évolution
du contexte de financement au Canada et à évaluer l'impact de ces changements
sur la capacité financière et la viabilité à long terme des organismes
bénévoles et communautaires et à but non lucratif. Grâce à notre étude,
nous espérons révéler les défis et les occasions qui se présentent aux
organismes bénévoles et communautaires et à but non lucratif dans toute
une gamme de secteurs alors qu'ils s'efforcent de remplir leur mission.
La création d'une solide base de connaissances est essentielle pour
développer des recommandations concrètes et d'autres options de politiques
et de pratiques de financement qui serviront à améliorer et à soutenir
les activités cruciales des organismes bénévoles et communautaires et
à but non lucratif opérant dans les communautés à travers tout le pays.
Ce document est le rapport intégral du projet "Le financement, ça compte".
Un rapport sommaire est également disponible en français et en anglais.
Le rapport et le sommaire sont accessibles sur le site Internet du CCDS
à www.ccsd.ca.
Le Conseil canadien de développement social (CCDS) a entrepris ce projet
en collaboration avec le Regroupement des organisations nationales bénévoles
(ONB). Son objectif à long terme est de renforcer la capacité du secteur
de répondre aux défis de l'avenir et d'améliorer la relation entre le
secteur et le gouvernement fédéral afin de mieux desservir tous les
Canadiens. La recherche a été financée par le gouvernement du Canada
par l'entremise de l'Initiative du secteur bénévole et communautaire.
Marcel Lauzière
Président-directeur général
Conseil canadien de développement social
Remerciements
Un projet de cette envergure puise les énergies de beaucoup de gens.
J'aimerais offrir ma reconnaissance et remercier tous ceux qui ont fait
part de leur énergie et leur expertise pour Le financement, ça compte.
Je tiens spécialement à exprimer ma gratitude aux nombreuses personnes
des organismes du secteur bénévole et communautaire et à but non lucratif
qui ont participé à nos groupes témoins et études de cas. Elles ont
fait part sans réserve de leur temps et de leur savoir considérable
pour cette étude, en discutant franchement des occasions qui s'offrent
et des défis qui se posent au secteur bénévole et communautaire et à
but non lucratif de nos jours. Leur talent et leur vision donnent souffle
au changement.
Nous remercions les membres du Groupe de travail sur le financement
qui ont commandité cette étude et ont fourni un soutien inestimable
aux chercheurs.
Je citerai en particulier Laura Korn Palmer, Barbara Tuntoglu, Cathy
Wright, Adriana Davies, Sandra Schwartz, Brenda Wallace-Allen, Lyse
Brunet, Denis Sauvé, Marion Price et Fo Niemi qui ont organisé les groupes
témoins à travers le pays. Leur collaboration a été cruciale pour la
réussite de cette étude. J'aimerais aussi remercier Michèle LeBlanc
qui a animé les groupes témoins avec une grande compétence.
J'ai pu m'appuyer sur un groupe merveilleux de chercheurs au Conseil
canadien de développement social. Mes remerciements spéciaux à Paul
Roberts et Angela Gibson-Kierstead qui ont analysé les données quantitatives
pour ce projet. Kate Rexe, Esther Roberts et Steve Cumming ont également
aidé à la recherche et la préparation de cette étude.
Christie Gombay et Paul Leduc Browne ont préparé les documents servant
de cadre de références pour la recherche, ce qui a réellement élargi
ma compréhension du secteur bénévole et communautaire et à but non lucratif
au Canada et a ajouté considérablement au rapport final.
Je voudrais aussi remercier de sa contribution au projet Cheryl Hamilton,
qui a corrigé les épreuves du rapport final et a préparé le rapport
sommaire. Son soutien a été précieux; elle m'a littéralement encouragé
à aller jusqu'au bout.
De nombreuses personnes ont fourni une aide administrative. J'aimerais
remercier de leur assistance Lyne Bérard, Lyne Flansbury, Stephanie
Pearce, Jennifer Haire, Dianne Dodds, Rachel Green, Gail Todd et Monica
Prince Computing.
Au CCDS, Nancy Perkins a été responsable de la production et de sa
main experte elle a révisé le document. Lori Harrop a dirigé la dissémination
de l'étude. Arlette Sinquin, avec l'aide de Christiane Ryan, Marcel
Gagnon et Yolande Amzallag a dédié de nombreuses heures à la traduction
de ce livre. Susan Scruton a coordonné l'affichage des résultats de
l'étude sur notre site Internet.
Je tiens aussi à exprimer ma reconnaissance au Groupe consultatif du
projet : Elmer Hynes, Susan Phillips, Faye Porter, John Saxby et Paula
Speevak-Sladowski. Ils ont fait des interventions clé à mesure que le
projet progressait.
Beaucoup d'autres personnes ont offert leurs conseils, leur expertise
et leur soutien. Parmi elles : David Armour, Catherine Bertrand, Phillippa
Borgal, Susan Brandon, Alexis Carty, Lynn Eakin, Alice Herscovitch,
John Hobday, Andrew Jackson, Larry Ketcheson, Pierre Lacroix, Marcel
Lauzière, Mike McKnight, Hillary Pearson, Deb Pike, Paul Reed, Susan
Shepherd, John Shields, Betsy Troutt, John Walker et Bob Wyatt.
Finalement, je voudrais remercier Dianne Bascombe, qui a fait la recherche
conjointement avec moi, pour sa perspicacité et la passion qu'elle met
à la tâche. L'expérience de Dianne et son énergie ont propulsé le projet
du stade de proposition jusqu'à son achèvement. Je lui serai toujours
gré de sa participation et de son amitié.
Et enfin, je suis reconnaissante envers mon mari, Rob Frater, qui m'a
donné son soutien pendant toute la durée de la recherche et de la rédaction
et qui a assuré la permanence à la maison pendant mes déplacements et
mes nuits de travail. Je l'en remercie.
Rapport Sommaire: Une mise en garde et une occasion à saisir
La capacité du secteur bénévole et communautaire/à but non lucratif,
de remplir son rôle important dans la société canadienne est déstabilisée
et sapée par les nouvelles stratégies de financement visant à faire
augmenter la responsabilisation, l'autonomie et la compétition.
Une étude menée par le Conseil canadien de développement social (CCDS)
en collaboration avec le Regroupement des organisations nationales bénévoles
(ONB) décrit l'émergence d'un nouveau régime de financement pour le
secteur bénévole et communautaire/à but non lucratif, et met en garde
contre d'importants défis à la viabilité de divers organismes. L'instabilité
du secteur menace l'avenir de toute une gamme de services sociaux, de
santé, culturels, récréatifs, environnementaux et autres services communautaires
à but non lucratif servant des millions de Canadiens et de Canadiennes.
Les résultats de l'étude s'appuient sur une série de groupes témoins
organisés dans différentes régions du pays et auxquels ont participé
plus de 100 organismes du secteur bénévole et communautaire/à but non
lucratif; sur des discussions de table ronde avec des bailleurs de fonds
et des interviews avec des informateurs clé; sur des réponses à un sondage
(questionnaire écrit) envoyé à des organismes du secteur bénévole et
communautaire/à but non lucratif; sur des études de cas approfondies
et sur une revue d'autres recherches.
Le sentiment d'inquiétude exprimé par le secteur bénévole et communautaire/à
but non lucratif provient surtout de la manière dont les organismes
sont financés. De nombreux organismes qui ont survécu aux coupures de
financement du gouvernement dans les années 1990 sont dans une situation
financièrement précaire parce qu'ils sont dépendants pour chaque projet
d'un réseau complexe de financement imprévisible, à court terme, ciblé
et qui risque de s'évaporer à tout moment.
Cette étude a été menée pour le Groupe de travail sur le financement,
un sous-groupe de la Table conjointe sur les moyens d'action dans le
cadre de l' Initiative du secteur bénévole et communautaire (ISBC).
L'ISBC est un effort conjoint entre le gouvernement fédéral et les représentants
du secteur bénévole et communautaire/à but non lucratif, ayant comme
objectif de renforcer la capacité du secteur de répondre aux défis à
venir. Le but de l'étude était d'identifier les sources et les mécanismes
actuels de financement des organismes du secteur bénévole et communautaire/à
but non lucratif et d'explorer leurs diverses répercussions sur la viabilité
de ces organismes.
L'étude a révélé que du côté du financement :
- Les bailleurs de fonds adoptent de plus en plus une méthode ciblée
de financement.
- Il y a eu un abandon du modèle de financement de base, qui finançait
les organismes pour leur permettre de poursuivre leur mission. Le
nouveau modèle est basé en fonction de chaque projet et est caractérisé
par des contrats qui donnent aux bailleurs de fonds un contrôle accru
sur les travaux de l'organisme et sur la manière dont ils sont accomplis.
- Les bailleurs de fonds sont réticents à financer des coûts administratifs
qui ne peuvent être directement liés à un projet ou un programme.
- Le financement est accordé pour des périodes plus courtes et est
de plus en plus imprévisible.
- Les exigences de comptes-rendus se sont multipliées.
- Les bailleurs de fonds exigent de plus en plus souvent que les organismes
fassent des soumissions conjointes avec des partenaires de projet
et qu'ils démontrent qu'ils ont réussi à assurer un financement provenant
d'autres sources (contributions financières ou en nature) avant d'accorder
leur soutien.
Personne ne nie le droit des donateurs privés d'allouer leur argent
où bon leur semble, que ce soit des dons individuels ou corporatifs.
L'étude décrit la préoccupation dans certains milieux concernant la
tendance des entreprises privées à remplacer les dons par des commandites.
Mais l'inquiétude prépondérante a trait aux nouvelles stratégies de
financement des gouvernements, les plus grands bailleurs de fonds du
secteur bénévole et communautaire/à but non lucratif au Canada.
Pour être bien clair, les participants à cette étude étaient en général
d'accord avec les motifs avancés par les bailleurs de fonds visant à
augmenter la responsabilisation, à encourager les partenariats, à promouvoir
la diversification des sources de financement et à susciter l'efficacité
et l'innovation au sein du secteur. Cependant, l'étude a révélé un décalage
important entre les intentions déclarées des réformes de financement
et les conséquences de ces changements sur les organismes du secteur
bénévole et communautaire/à but non lucratif à travers le pays.
En reconnaissant que les organismes doivent se débrouiller avec les
réalités actuelles de diverses façons et y réussissent plus ou moins
bien, l'étude a identifié certaines tendances inquiétantes :
-
La volatilité - À mesure que les organismes s'efforcent de diversifier
leur sources de financement, ils peuvent faire face à de massives
fluctuations de revenus. Cette volatilité sape la stabilité d'un
organisme et sa capacité de fournir des programmes et services suivis
et de qualité, de planifier et de garder un personnel expérimenté.
-
Une tendance à s'éloigner de leur mission - Alors que les organismes
font des pieds et des mains pour se qualifier à un financement de
programme étroitement défini ou pour gagner des contrats du gouvernement,
certains d'entre eux se voient écartés de leur mission primaire
qui constitue leur objectif à long terme et est la source de leur
crédibilité dans la communauté.
-
La perte d'infrastructure - Avec le passage au financement par
projet et le resserrement des restrictions sur les coûts administratifs
qui sont couverts par les bailleurs de fonds, certains organismes
perdent leur infrastructure de base. Ils se transforment en une
série de projets reposant sur une fondation creuse.
-
La surcharge de rapports - Beaucoup de petits organismes se découragent
alors qu'ils font face à encore une autre série de contrats à court
terme, d'embauche temporaire et de licenciement du personnel de
programme, tout en étant pourchassés par nombre de bailleurs de
fonds avec des exigences et formulaires multiples pour produire
de multiples rapports.
-
Le château de cartes - Étant donné que désormais les bailleurs
de fonds exigent souvent des contributions financières ou en nature
de la part d'autres sources, la perte d'un contrat ou la terminaison
d'une entente de partenariat peut faire s'effondrer toute une structure
étroitement imbriquée. Un service qui marche très bien une année
peut se disloquer l'année suivante. Les organismes ont le cauchemar
des arrangements selon lesquels les bailleurs de fonds ne s'engagent
pas tant que les autres partenaires de financement n'ont pas donné
leur accord, et ils préfèrent tous être les derniers à se décider.
-
La paralysie de l'action sociale (défense des droits) - Lorsque
les organismes se voient obligés de concocter des projets et des
partenariats pour survivre, ils peuvent considérer que c'est trop
risqué de plaider ouvertement en faveur de leur clientèle, quelle
que soit la juste valeur de la cause. Ils ne veulent pas avoir leur
nom dans les média alors que leur prochaine demande de financement
est en cours d'évaluation. Les organismes de défense des droits
ont été effectivement bâillonnés au cours des dix dernières années.
-
L'épuisement des ressources humaines - Les gens, tant ceux qui
sont rémunérés que les bénévoles, font d'énormes efforts pour faire
face aux nouveaux défis tout en demeurant fidèles à leur mission
et à leurs concitoyens et aux communautés envers lesquelles ils
se sentent responsables. Mais combien de temps cela peut-il durer?
L'endurance et la volonté de ceux qui s'engagent dans des activités
bénévoles sont encore solides. Mais il est urgent de prêter attention
aux fissures qui se font jour dans le secteur avant qu'elles ne deviennent
des fractures considérables. Il existe une occasion réelle et opportune
de modifier les stratégies de financement et de renverser leurs conséquences
involontaires.