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Motivation en situation difficile : problèmes des femmes dans le secteur bénévole au canada

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RÉSUMÉ
Le Secrétariat de l'Initiative du secteur bénévole et communautaire (ISBC) a fait exécuter un mémoire de recherche destiné a) à cerner les problèmes qu'éprouvent les femmes qui font du bénévolat ou du travail rémunéré dans le secteur bénévole et communautaire, b) à mettre en lumière les points où la recherche est insuffisante et les progrès réalisés vers l'égalité des sexes, pour poursuivre dans cette direction, et c) à formuler des recommandations sur les moyens d'améliorer l'égalité des sexes dans le secteur bénévole et communautaire. Les réductions successives du financement de base au cours de la décennie 1990, alors même qu'augmentaient les demandes de la clientèle, les exigences en matière de rapports et la part occupée par les contrats de service avec le gouvernement, ont eu des conséquences marquées sur le secteur bénévole et en particulier sur les femmes qui y forment une forte proportion des bénévoles et du personnel rémunéré. C'est en cela que le problème est important pour l'ISBC dont le mandat consiste à renforcer la capacité d'action du secteur et à améliorer les relations entre ce dernier et le gouvernement fédéral.

Même si les renseignements existant sur le secteur bénévole sont incomplets, les données dont on dispose indiquent qu'en moyenne, entre 50 et 75 % des employés du secteur à but non lucratif sont des femmes; que 54 % des bénévoles sont des femmes; et que, dans certains domaines, il y a même jusqu'à 80 à 90 % de femmes. On manque de renseignements sur les données démographiques telles que l'âge, l'origine raciale ou ethnique, l'intégration de personnes handicapées, le niveau d'instruction ou le type d'emploi occupé. Les questions plus élémentaires concernant le nombre de personnes travaillant dans le secteur, leurs conditions de travail, sans parler de leurs besoins individuels et collectifs, restent encore, en grande partie, sans réponse.

En faisant du bénévolat, les femmes ont acquis des compétences, appris à diriger des associations, siégé à des conseils d'administration et obtenu accès à plus de pouvoir économique et politique. Elles ont désormais plus facilement accès au pouvoir et aux fonctions de direction. Mais ces gains ont été réduits par le sous-financement chronique du secteur. La plupart des femmes qui occupent des postes de direction ont un personnel de soutien insuffisant et passager, et encore ont-elles du mal à le retenir. Même si des progrès marquants ont été réalisés dans beaucoup de domaines touchant les femmes, notamment en matière de soutien familial, d'aide aux femmes et aux enfants victimes de violence, et en matière de santé, on a le sentiment désagréable que ces questions, comme d'autres qui touchent particulièrement les femmes, perdent de leur acuité, quand elles ne sont pas mises de côté en faveur d'autres causes et d'autres priorités.

Dans le secteur bénévole, les traitements sont bas et les avantages sociaux, souvent inexistants. Dans une grande partie du secteur, en particulier dans les services sociaux et de santé, le traitement annuel stagne depuis une dizaine d'années, se situant à un maigre 20 000 $ dans les garderies et les organisations civiques et sociales et à 27 000 $ dans les services en santé mentale et en toxicomanie et les organismes voués à l'action sociale. Beaucoup de personnes qualifiées et ayant une longue expérience, y compris celles qui traitent avec des clientèles exigeantes, ne gagnent que 10 dollars de l'heure, alors que nombre d'organismes d'engagent plus de nouveaux employés qu'à contrat ou à temps partiel, plutôt qu'à plein temps, pour économiser sur les charges sociales.

Plusieurs études démontrent que la charge de travail s'est alourdie pour tous les dirigeants et employés de première ligne ou presque, notamment avec une augmentation massive des écritures et de l'administration. Tant les dirigeants que le personnel cumulent les fonctions, exécutant toutes sortes de tâches, ce qui laisse aux dirigeants moins de temps pour fournir au personnel surchargé une orientation dont il a grand besoin, lui qui se trouve confronté à des problèmes de plus en plus difficiles de la part de la clientèle.

La réduction des dépenses publiques consacrées aux services, en particulier aux services sociaux et de santé, a fait croître la demande de bénévoles, mais actuellement, un nombre réduit d'individus assure un nombre d'heures accru. Cette situation peut être extrêmement stressante pour des femmes déjà à la limite de leurs capacités, mais qui estiment n'avoir d'autre choix que de répondre aux besoins. Certains groupes ont du mal à vivre une telle contradiction, ayant à compter sur les bénévoles pour maintenir ouvert un centre pour femmes, par exemple, tout en sachant qu'en demandant à des femmes de travailler gratuitement, ils reproduisent sans doute la dépendance financière des femmes, contre laquelle ils se sont longtemps battus.

Les groupes de femmes se sentent aussi de plus en plus marginalisés par rapport aux technologies de l'information et des communications. Le manque de financement des groupes de femmes et autres éléments marginalisés de la société constitue une fois de plus un obstacle majeur à l'accès et à la participation. Une étude ayant porté sur 450 groupes a constaté que les groupes qui s'occupent des femmes, des consommateurs, des droits de la personne ou de loisirs possèdent moins d'ordinateurs récents (1,3 en moyenne) que les groupes appartenant aux secteurs du développement économique, du perfectionnement professionnel et de l'éducation (entre 3,8 et 7,8 en moyenne). Les groupes œuvrant en région éloignée sont encore plus mal équipés. Le secteur communautaire, en particulier les groupes de femmes, est incapable de profiter de divers programmes et de contribuer à l'élaboration de politiques cohérentes. Si le secteur bénévole ne réussit pas à réexaminer l'étendue du problème, la fracture numérique va s'accentuer en fonction de facteurs économiques et géographiques et entre hommes et femmes.

La question de l'accessibilité demeure la plus importante pour les femmes handicapées, tant bénévoles qu'employées, et relègue même souvent au second plan celles du sexe ou de la discrimination. Certains facteurs touchent tous les handicapés, hommes et femmes, mais les femmes font face à des obstacles supplémentaires, notamment une estime de soi moindre que celle des hommes ou des autres femmes, ce qui les marginalise encore davantage. Les femmes immigrantes ou appartenant à des minorités visibles - qui se heurtent souvent au triple obstacle de leur sexe, de la race et de la pauvreté - sont en général plus marginalisées dans les organismes de la majorité.

Le secteur bénévole doit se pencher sur ses propres pratiques à l'endroit des groupes minoritaires et des femmes, et favoriser des politiques qui améliorent l'égalité en matière d'emploi. Il doit régler la question des traitements et des avantages sociaux, tout comme la représentation inégale des sexes dans les structures de direction. Il doit en outre s'efforcer d'adopter des pratiques adaptées aux femmes, pour permettre à celles qu'il compte dans ses rangs, bénévoles et employées, de participer sans encourir de frais supplémentaires.

À l'heure où les luttes des femmes sont largement dépolitisées, peut-être est-il plus important que jamais que les femmes revendiquent avec vigueur la nécessité de traitements et de conditions de travail adéquats dans ce secteur si essentiel au bien-être d'un grand nombre de Canadiens.

RECOMMANDATIONS
La plupart des recommandations qui suivent ne sont pas faciles à mettre en pratique, sinon, elles le seraient depuis longtemps. À une époque où les luttes des femmes sont largement dépolitisées, il est sans doute plus important que jamais que les femmes réclament haut et fort des traitements et des conditions de travail convenables dans ce secteur d'importance capitale pour le bien-être de tant de Canadiens vulnérables.

En matière de recherches :

  • Entreprendre une étude approfondie de la place des hommes et des femmes dans le secteur afin de connaître leur répartition selon les divers postes et de mesurer les écarts dans les salaires.

  • Faire une comparaison poussée entre les salaires et avantages sociaux versés dans le secteur bénévole et dans les autres secteurs, pour des postes exigeant des compétences similaires et comportant des responsabilités et des tâches similaires.

  • Examiner la façon dont les organismes encouragent l'égalité des sexes par l'utilisation de l'Internet et donner aux femmes et aux groupes de femmes un meilleur accès à l'Internet. Encourager et mettre en pratique les idées existantes comme par ex. le site Web Womenspace.

Mesures concrètes concernant l'emploi et la gestion des bénévoles :

  • Encourager l'adoption de politiques touchant notamment l'équité salariale, les avantages sociaux et les régimes de retraite. On pourrait inciter les organismes à se doter de lignes directrices générales en matière de ressources humaines ou à trouver les moyens d'encourager de saines pratiques touchant l'égalité des sexes. Un moyen concret simple et réalisable d'y arriver serait d'établir une liste des points à vérifier.

  • Étant donné que moins de 10 % des organismes communautaires sont syndiqués, favoriser une meilleure compréhension de la syndicalisation comme moyen d'arriver à plus d'égalité.

  • Faire le point sur les organismes qui ont adopté des pratiques favorables aux femmes, par ex. des garderies et l'octroi de crédits d'impôts aux employées et aux bénévoles, et faire connaître ces pratiques dans l'ensemble du secteur.

  • Élaborer des lignes directrices à l'intention des organismes en matière d'égalité des sexes dans les structures de direction, et à l'intention des bénévoles, pour améliorer les mécanismes d'imputabilité face aux bailleurs de fonds et aux membres.

  • Tracer le tableau des pratiques d'adaptation et d'embauche dans le secteur bénévole - sensibiliser les organismes à la discrimination dont les femmes et(ou) certaines personnes sont victimes dans le secteur, afin de favoriser une adaptation.

  • Favoriser une prise de conscience et la compréhension des questions d'égalité des sexes dans le secteur bénévole.

Mesures concernant la participation à une saine gestion du secteur bénévole :

  • Trouver des moyens de rendre le fonctionnement de l'ISBC plus ouvert à tous, et lutter en faveur d'une meilleure représentation de divers groupes, par ex. les femmes et(ou) les personnes handicapées, divers groupes ethniques ou raciaux et différentes classes sociales.

Mesures touchant le financement :

  • Obtenir des gouvernements qu'ils s'engagent à accorder un financement à long terme au secteur, et aux organisations de femmes en particulier.
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Dernière mise à jour le: 2012-02-08