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Motivation en situation difficile : problèmes des femmes dans le secteur bénévole au canada

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QUESTIONS D'ÉQUITÉ
FACTEURS INFLUANT SUR LA PARTICIPATION
De nombreux facteurs entrent en jeu dans le choix d'un individu de faire du bénévolat : âge, niveau social, éducation, revenus, responsabilités familiales, préjugés raciaux, etc. Par exemple, dans les minorités visibles, les femmes font souvent face à une triple entrave : comme femmes, à l'inégalité fondée sur le sexe, comme immigrantes, à des problèmes d'intégration et comme femmes de couleur, aux barrières raciales du système et des structures43. Racisme, sexisme et préjugés de classe - profondément ancrés dans les structures des organismes majoritaires - renforcent en général les inégalités auxquelles se heurtent les femmes de ces communautés. C'est peut-être ce qui explique que les femmes des minorités visibles et les immigrantes aient plus tendance à faire du bénévolat dans les organisations religieuses, culturelles et communautaires de leur communauté, même si beaucoup œuvrent dans les organismes de la majorité44.

Les femmes handicapées ont aussi de gros obstacles à surmonter. L'accessibilité à l'organisme détermine en grande partie leur choix; en conséquence, elles tendent à rester dans leur propre communauté, ou dans des organismes physiquement organisés pour les accueillir45. Ce problème de l'accessibilité est déterminant pour les femmes handicapées, tant bénévoles que rémunérées. Dans bien des cas, c'est lui qui domine, avant les questions de sexe ou de discrimination.

Dans l'emploi, ce sont les pratiques d'embauche qui constituent l'obstacle majeur pour les personnes handicapées, les organismes se divisant en deux catégories : ceux qui sont contrôlés par les consommateurs et qui ont souvent des pratiques d'action positive, et les organismes de service, qui font en général beaucoup moins d'action positive, de sorte que les candidats à l'embauche ayant des handicaps y sont davantage stigmatisés. En conséquence, les handicapés sont sans doute moins portés à s'aventurer dans la société (dans les organismes ordinaires) pour offrir leurs services. Les personnes souffrant de handicaps cachés semblent souvent plus adaptables et peuvent donc évoluer plus librement dans les organismes et les groupes non destinés aux handicapés.

Même si les facteurs mentionnés touchent autant les hommes handicapés que les femmes, les femmes éprouvent des difficultés supplémentaires quand elles tentent de participer et d'apporter leur contribution, parce qu'elles ont plus de problèmes d'estime de soi que n'en ont les hommes handicapés ou les femmes sans handicap et qu'elles se sentent marginalisées à l'extrême.

Une certaine aisance matérielle est un autre facteur déterminant pour qui veut participer au secteur bénévole, surtout en tant que bénévole. " Les femmes financièrement à l'aise, ce qui est souvent en rapport avec leur niveau d'instruction, ont plus facilement la disponibilité nécessaire pour faire du bénévolat ou de l'action sociale " nous a fait remarquer Viviane Barbot de la Fédération des femmes du Québec, qui a ajouté que " quand les femmes se trouvent dans une situation financière précaire, cela draine toute leur énergie46. " Les femmes peuvent également vivre d'autres problèmes : violence conjugale, isolement, manque d'estime de soi, ou encore des problèmes juridiques. Habituellement, ce n'est qu'une fois que ces autres problèmes sont réglés, ou du moins en passe de l'être, qu'elles se sentent capables de s'impliquer.

Il est absolument vital que les organismes prennent en charge des dépenses comme garde des enfants, transport et même repas, quand la participation des femmes en dépend. Il n'est pas normal que les bénévoles encourent des dépenses pour donner de leur temps, même si beaucoup le font.

Tous les habitués du secteur savent par expérience combien les pratiques y sont peu adaptées aux femmes : " Personne ne demande aux bénévoles si elles doivent faire garder leurs enfants. Quand vous assistez à une réunion ou à un congrès, on va vous demander ce que vous aimez manger, mais si, par exemple, vous siégez à un conseil, jamais on ne vous demandera si l'heure vous convient, étant donné vos obligations familiales. On ne vous demande jamais si vous avez besoin d'un hôtel avec salle de jeu ou garderie surveillée, pas plus qu'on ne vous offre, par exemple, de reçus d'impôt pour activités de bienfaisance à l'égard des frais de garde de vos enfants47. "

TRAITEMENT ET AVANTAGES SOCIAUX : DIFFÉRENCES SELON LE SEXE
Comme nous l'avons indiqué plus haut, les données sur les traitements et avantages sociaux dans le secteur bénévole au Canada sont encore très sommaires. Il en existe pour certains secteurs où elles sont comparées aux données des secteurs publics et privés, mais il n'existe aucune étude portant sur l'ensemble du secteur bénévole. Entre 1991 et 2000, on a constaté une certaine croissance de l'emploi, mais les traitements sont restés modestes, et souvent stagnants dans les secteurs suivants, où les employeurs sont majoritairement, sinon presque exclusivement des organismes bénévoles :
  • services de garderie : le traitement annuel n'y a atteint la barre des 20 000 $ qu'en l'an 2000.

  • organismes civiques et sociaux tels que clubs de service, associations sportives, associations ethniques et mouvements de jeunesse comme les Guides : 20 000 $ (en dollars constants 2000, comme tous les chiffres qui suivent).

  • installations locales de soins aux personnes âgées (ou d'assistance à domicile) : le traitement annuel moyen était d'environ 23 000 $.

  • services individuels ou familiaux (y compris des organismes visant les enfants ou les jeunes, comme les Grands Frères ou Grandes Sœurs; les services destinés aux aînés et aux handicapés et d'autres services comme les centres de rencontre, les centres d'aide et d'écoute, les soins à domicile, les organismes d'entraide et les services aux réfugiés) : le traitement annuel moyen y était presque uniformément de 24 000 $.

  • autres établissement de soins en résidence comme les foyers de groupes et les maisons de transition : le traitement annuel moyen était de 26 000 $.

  • établissements destinés à recevoir des handicapés développementaux, malades mentaux ou toxicomanes : le traitement annuel moyen se situe entre 24 000 et 27 000 $ depuis plus de dix ans.

  • organismes de défense collective des droits : le traitement annuel moyen était de 27 000 $.

  • services de rééducation professionnelle : le traitement annuel moyen était de 23 000 $48.

Comme on pouvait s'y attendre, étant donné la modicité des traitements, les avantages sociaux sont, d'une manière générale, très limités dans les organismes bénévoles canadiens. L'étude menée en 1996 par DRHC et le Centre canadien de philanthropie révélait que 10 % seulement des organismes de charité avaient un personnel syndiqué; que 24 % n'offraient aucun avantage social à leurs employés et que 7 % seulement consentaient à leur personnel de bureau et de soutien plus que le salaire minimum de l'industrie49. Les auteurs font remarquer que les données parues depuis cette étude ne sont pas plus encourageantes.

En ce qui concerne les cadres supérieurs, la pratique d'un plafonnement voilé dans les organismes bénévoles canadiens n'est pas évidente50. Une étude portant sur les organismes de taille moyenne en Alberta et en Saskatchewan indique que 63 % des directeurs généraux et 79 % des cadres intermédiaires sont des femmes (tout comme 88 % des gestionnaires des bénévoles), mais elle ne donne pas les traitements selon le sexe, ce qui aurait permis de rechercher les disparités51. Une autre étude menée en Colombie-Britannique est pratiquement muette sur le sujet, même si elle a trouvé que la grande majorité des employés (81 %) étaient des femmes52. Pour sa part, Haiven (2000) a constaté que 77 % des employés des organismes canadiens qu'elle a étudiés sont des femmes, mais que 75 % des gestionnaires y sont des hommes53. Son étude incluait 13 grands organismes (ayant des revenus annuels de plusieurs millions de dollars), dont 11 implantés en Ontario, deux facteurs qui peuvent avoir joué un certain rôle. Enfin, l'enquête sur les organismes canadiens de collecte de fonds (Charity Village 2000) a trouvé que les répondants masculins employés à plein temps y gagnaient en moyenne 55 929 $ en 1998, soit quelque 10 % de plus que les femmes (50 356 $)54.

Il semble qu'il n'existe pas de renseignements systématiques sur d'autres questions touchant l'égalité des chances et la diversité. Haiven (2000) rapporte cependant que même si les organismes tant canadiens que britanniques qu'elle a étudiés ont des politiques relatives à ces deux sujets, aucun n'avait effectivement embauché beaucoup de personnes handicapées ou appartenant à une minorité ethnique.

RÉPERCUSSIONS DES COUPURES GOUVERNEMENTALES
Des études récentes révèlent les effets nocifs qu'a eu la réduction de l'aide financière gouvernementale sur le personnel rémunéré des organismes du secteur bénévole. L'examen de la documentation produite par le Centre canadien de philanthropie et DRHC démontre l'ampleur de ces effets sur les organismes et sur leurs employés.

Une étude portant sur 40 organismes bénévoles de l'Ontario a trouvé que, de 1988 à 1998, la demande de services a augmenté partout, le nombre de cas doublant, ou triplant même dans certains organismes, alors que le personnel a augmenté très peu ou pas du tout55. La charge de travail s'est alourdie pour quasiment tous les gestionnaires et tout le personnel de première ligne, avec notamment une augmentation massive de la paperasserie administrative. Les gestionnaires et le personnel doivent assumer des fonctions multiples et effectuer toutes sortes de travaux, ce qui laisse aux gestionnaires moins de temps pour dispenser au personnel surchargé les instructions dont il a pourtant grandement besoin, lui doit faire face aux problèmes de plus en plus graves que présente la clientèle. Cette situation est particulièrement aiguë dans les grands organismes qui ont supprimé des postes de cadres intermédiaires. Dans certains petits organismes, où l'unique poste administratif a été supprimé, le personnel restant doit à tour de rôle se charger de répondre au téléphone et de tenir les livres. Dans les organismes non syndiqués, on rapporte également beaucoup de temps supplémentaire ou de travail à la maison, non rétribué. Même les travailleurs syndiqués font davantage de travail administratif, des tâches supplémentaires et, dans certains cas, ils font des journées plus longues, pour le même salaire.

Dans l'ensemble du secteur, les traitements restent bas, et n'ont pas bougé depuis au moins cinq ans. Beaucoup d'employés ayant la formation requise et de l'expérience, y compris ceux qui s'occupent de clients difficiles, ne gagnent que 10 dollars de l'heure. Près de la moitié des organismes en sont venus à ne plus embaucher de personnel nouveau qu'à contrat ou à temps partiel, plutôt qu'en bonne et due forme, pour économiser sur les charges salariales.

Outre une charge de travail accrue et une rémunération médiocre, les études ont constaté une montée de la " professionnalisation ", les bailleurs de fonds posant de plus en plus de conditions à leur acceptation et demandant des évaluations et rapports compliqués, ce qui exige du personnel qu'il sache se servir d'un ordinateur et ait d'autres compétences professionnelles et organisationnelles. De plus en plus, le personnel doit avoir des diplômes, pour accroître les chances de l'organisme de décrocher un contrat ou une subvention, même si cette formation n'est pas directement applicable aux tâches à effectuer. Les petites agences locales ne peuvent plus vivre, face aux grands organismes plus professionnels. Plus de la moitié des organismes ont également mentionné que tout le domaine des ressources humaines se légalise, de sorte que plusieurs s'inquiétaient à l'idée d'être tenus légalement responsables, quand leur personnel ou leurs bénévoles donnent des conseils susceptibles d'être considérés comme des avis médicaux, sans avoir les qualités requises, ou encore quand le personnel ou les bénévoles courent des risques de la part de clients violents, et face à d'autres questions de droit ou de gestion des risques. Des études réalisées dans les Maritimes à la fin des années 1990 aboutissent aux mêmes constatations, ce qui n'est guère surprenant56.

Alors que l'État providence se désintègre, ce sont les femmes qui en subissent indirectement le contre-coup (c'est dans le contexte domestique de la famille). " Il faut quasiment avoir une vocation de missionnaire pour travailler dans les groupes communautaires " faisait remarquer France Cormier du Centre d'action bénévole de Shawinigan57. Le manque d'argent dans le secteur est un gros obstacle à la participation des femmes. " Il entraîne parfois une interruption des services, des salaires extrêmement bas versés à ces femmes et des emplois précaires. " Une telle conjoncture explique que les organismes, particulièrement ceux de la majorité, n'offrent pas souvent à leurs employées d'autres formes d'aide, comme des garderies.

LE FINANCEMENT DES ORGANISMES DES FEMMES
Il est particulièrement rare que les groupes qui fournissent des services spécifiquement aux femmes jouissent d'un financement stable. Les besoins des femmes se situent souvent au bas de l'échelle des priorités de la société et les organismes qui s'en occupent jouissent d'un moindre prestige. Il en découle que les sociétés commerciales ne sont guère généreuses envers les causes des femmes : une étude menée aux États-Unis a trouvé que 5 à 6 % seulement de l'argent des fondations leur est consacré58. La plupart des organismes qui accordent des subventions préfèrent financer des groupes qui déclarent que leurs programmes sont universels.

Les organismes des femmes dépendent donc davantage de l'aide financière des gouvernements, ce qui les rend encore plus vulnérables en période de réduction des dépenses. Ces dernières années, les groupes de femmes du Canada ont perdu la plus grande partie du financement stable que leur accordait spécialement des ministères fédéraux comme le Secrétariat d'État, dans le cadre de son Programme des femmes ou, (plus récemment) Condition féminine Canada. Les réductions ont été tout aussi sévères de la part des gouvernements provinciaux.

Parmi les organismes qui doivent constamment se battre pour obtenir du financement se trouvent les refuges pour femmes et enfants battus, les cliniques permettant aux femmes de contrôler leur fertilité, les centres de counselling en cas d'agression sexuelle, les centres d'aide juridique pour femmes aux prises avec un divorce ou des problèmes de garde des enfants et les organismes qui se battent pour plus d'égalité juridique et économique entre les hommes et les femmes. Cette situation peut être extrêmement stressante pour des femmes déjà surmenées, mais qui estiment n'avoir d'autre choix que de répondre aux besoins. " Au fond, les mots qui viennent à l'esprit sont énergie du désespoir et nécessité, dit Darlene Jamieson, membre de la National Association of Women and the Law. J'assistais récemment à une réunion d'avocates où nous étudiions quelques cas. On observe actuellement dans le système judiciaire une tendance à criminaliser les femmes victimes d'abus. Nous nous sommes regardées et nous nous sommes dit qu'il fallait absolument agir. Nous avions toutes des vies déjà plus que remplies, avec d'énormes charges de travail et, bien souvent, des responsabilités familiales, mais nous n'avions pas le choix, il fallait agir59. "

Meinhard et Foster (1997) ont mené une étude pilote qui a montré que les femmes opèrent dans un cadre de collaboration, plutôt que de compétition ou de réduction des coûts, quand elles ont à faire face à une réduction de leur financement et une augmentation de la demande de services60. Ces mêmes auteurs ont mené une étude plus approfondie dont les résultats ne sont pas encore disponibles, mais on peut prédire que la stratégie que les groupes de femmes devront adopter est le recours à des bénévoles, même si cela va à l'encontre de ce pour quoi elles se battent.

Certains groupes ont du mal à accepter de telles contradictions, qui les obligent à faire appel à des bénévoles pour (entre autres) maintenir un centre de femmes ouvert, alors qu'ils ont la conviction qu'en demandant à des femmes de travailler pour rien, ils font précisément ce contre quoi ils se sont battus60. " Quand une tâche requiert un bénévole à plein temps, il faut en faire un poste rémunéré et nous devons faire l'impossible pour trouver le financement nécessaire " explique Viviane Barbot, Présidente de la Fédération des femmes du Québec62.

À cause des réductions tant du financement que des services publics, les femmes œuvrant dans le secteur bénévole sont brûlées, à force de se battre au nom des marginalisés et de tenter d'assurer les services, alors que les exigences ne cessent d'augmenter, tant de la part des clients que des bailleurs de fonds et des gouvernements qui imposent une paperasserie de plus en plus lourde pour répondre aux exigences d'imputabilité toujours plus strictes. Une étude systématique des conditions de travail actuelles dans le secteur bénévole confirmerait sans aucun doute ce tableau troublant.

LE TRAVAIL QUE LES FEMMES FONT SANS ÊTRE RÉMUNÉRÉES
Le travail bénévole que les femmes effectuent dans des situations structurées n'est que la pointe de l'iceberg que représente le travail qu'elles exécutent quotidiennement sans aucune rémunération. Mis à part ce qu'on qualifie de bénévolat, le fait est que les femmes font bien plus de travail non rémunéré que les hommes. Dans un article paru dans le Canadian Women's Health Journal et intitulé " Spare 28 hours a week? Care giving still in Women's Job Description " (Avez-vous 28 heures par semaine à donner? Les soins aux autres font toujours partie de la description de tâches des femmes), l'auteur, Lesley Poirier, affirme qu'une canadienne sur cinq passe en moyenne 28 heures par semaine à s'occuper, sans la moindre rémunération, d'un malade ou d'un membre de sa famille souffrant d'une incapacité63. Les deux-tiers de ces Canadiennes pourvoyeuses de soins travaillent en plus à l'extérieur du foyer. Vingt pour cent disent que ce travail supplémentaire a nui à leur santé et 40 %, que cela leur a occasionné des dépenses personnelles. Avec le vieillissement de la population, il va falloir donner de plus en plus de soins, et comme les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, la plupart des personnes ayant besoin de soins et des personnes qui devront les fournir seront des femmes. La société va devoir se pencher sérieusement sur le problème des soins assurés gratuitement dans l'entourage domestique, parce que c'est un problème qui touche non seulement ceux qui ont besoin de soins, mais aussi celles qui les dispensent64.
LES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DES COMMUNICATIONS (TIC)
Le site Web Womenspace, consacré à un activisme en ligne pour les droits des femmes et la participation civique, et financé par Condition féminine Canada, fournit une tribune où réfléchir et faire part de ses idées sur la présence des femmes sur la toile.

Les militantes féministes Jo Sutton et Scarlet Pollock, par exemple, ont écrit à propos de la ligne de partage informatique que " l'absence de toute analyse et de toute planification qui permettraient de faire place à la diversité des femmes dans la technologie des communications aura d'énormes conséquences pour les femmes. " Elles risquent de n'avoir pas accès à des possibilités de formation et d'emploi et à des renseignements sur la santé65.

L'un des grands enjeux qu'elles définissent consisterait à refermer l'écart entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas l'information. Dans l'ensemble, les femmes ont moins d'accès en direct que les hommes, et ce, pour toutes les raisons habituellement évoquées dans le cas des femmes : manque de temps, d'argent, de pouvoir et d'occasions d'apprendre, autres engagements, et priorité accordée aux besoins des autres. La pauvreté, la race, l'âge, l'infirmité et d'autres facteurs aggravent les obstacles. La prépondérance de l'anglais sur l'Internet ajoute encore à la difficulté pour toutes celles qui parlent d'autres langues. En outre, comme le font remarquer les auteurs, qui dit langue ne parle pas uniquement de traduction. La langue est le véhicule d'une culture modelée au fil de l'histoire, dans des espaces géographiques spécifiques et en outre, les femmes l'utilisent différemment des hommes. Comme, de plus en plus, l'information apparaît uniquement en ligne, les femmes doivent trouver des stratégies pour faire en sorte que la documentation en direct parvienne aux femmes qui n'ont pas accès à Internet. Il faut aussi créer une base de renseignements Internet qui rende compte de la diversité des idées qui circulent dans nos collectivités.

Nicole Nepton, qui a créé le site Cybersolidaires et qui le gère croit que, comme les femmes ont moins de ressources, elles vont non seulement prendre du retard dans le monde numérique, mais que ce retard va être aggravé par le retard qu'elles ont déjà dans la politique et dans l'économie. Si rien n'est planifié volontairement en vue d'y remédier, Internet générera selon toute vraisemblance encore plus d'inégalité, au détriment des femmes.

Là encore, le manque de financement dont souffre les groupes de femmes et les communautés marginalisées constitue l'obstacle majeur à l'accès et à la participation. Par exemple, Communautique, une organisation qui se consacre à la justice sociale et à l'utilisation démocratique des technologies de l'information et des communications, a constaté, au cours d'une enquête menée en 1997 auprès de 458 groupes communautaires du Québec, que les groupes de femmes, de consommateurs, de loisirs et de défense des droits de la personne possédaient moins d'ordinateurs récents (1,3 en moyenne) que les groupes des secteurs du développement économique, du perfectionnement professionnel et de l'éducation (entre 3,8 et 7,8 en moyenne). Comme on pouvait s'y attendre, les groupes œuvrant en région éloignée étaient moins bien équipés que les groupes des régions métropolitaines66.

Sur les soixante-trois groupes de femmes qui ont répondu à l'enquête, 9 (14 % du total) ne possédaient pas le moindre ordinateur, 20 (15 %) n'en avaient qu'un, un Pentium (signe qu'ils s'étaient équipés assez récemment), et 12 avaient deux Pentium). Plus de la moitié des groupes communautaires de l'enquête avaient un seul ordinateur branché à Internet, ce qui forçait les gens attendre leur tour pour faire des recherches ou pour avoir accès au courrier électronique.

Le manque de fonds, maladie chronique des groupes de femmes, risque d'anéantir même les plus courageux efforts en vue de faciliter l'accès à Internet. Internet au féminin, un projet pilote du Centre d'éducation aux adultes et de la condition féminine (CDEACF) qui incite les groupes de femmes à se brancher, n'avait pas d'argent pour acheter de l'équipement, pas plus que plusieurs groupes, même avec l'aide de VolNet, un programme d'Industrie Canada qui vise à brancher les groupes communautaires en assumant une part considérable des dépenses nécessaires67. Une autre source possible d'aide au branchement à Internet, le Programme d'accès communautaire (PAC) d'Industrie Canada, a refusé la demande de nombreux groupes de femmes, sous prétexte que leurs installations ne seraient mises à la disposition que des femmes68.

Comme le fait remarquer Heather Gordon, du Sunshine Coast Women's Resources Centre, " le principe que " les bénévoles vont y arriver " ne fonctionne pas dans le secteur des femmes : nous avons épuisé tous nos bénévoles!! Les bénévoles n'y sont pas arrivés non plus sur les sites (PAC) - Arrêtez-vous sur le serveur de listes du PAC et observez la partie de la discussion portant sur la durabilité. Et VolNet offre peut-être une solution pour certains organismes de femmes, mais pas pour beaucoup d'entre nous - surtout pas celles qui ont mené la charge jusqu'ici. Nous avons déjà fait tellement, et presque sans aucune aide financière. C'est à la fois inspirant et frustrant d'imaginer tout ce qu'on pourrait faire si on nous donnait ne serait-ce que 1 % du budget annuel d'industrie Canada pour continuer à développer le branchement des femmes!69"

Un cas particulièrement éloquent concerne CANARIE, " le fer de lance de l'Internet évolué au Canada ", financé par le gouvernement fédéral et plusieurs entreprises de télécommunications et établissements d'enseignement. Jusqu'à récemment, sur les huit membres de son conseil d'administration, un seul était une femme. De même, jusqu'à récemment, il n'y avait que deux femmes parmi les 10 membres du conseil d'administration de l'Autorité canadienne pour les enregistrements Internet70.

Le gouvernement fédéral a sérieusement commencé, à la fin des années 1990, à brancher les Canadiens. À l'heure où il réexamine son Programme d'innovation, le temps est venu pour lui de réexaminer dans quelle mesure le secteur communautaire, et en particulier les groupes de femmes, ont pu profiter des divers programmes et aider à élaborer des politiques cohérentes. Sinon, le fossé numérique creusé suivant des facteurs économiques et géographiques et suivant le sexe, ne pourra que s'élargir encore.

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Dernière mise à jour le: 2012-02-08